13.09.2007
Histoires de parking, le quotidien de la place 302
Vous n’imaginez pas tout ce que six troènes peuvent faire pour vous. C’est la télévision qui vient de le dire. Admettons, moi j’utilise du radis noir et de la tisane de thym. Avec le thym et le radis noir, je suis bien, super-moi toute la journée, comme au premier jour. (tarim tzimboum).
Grâce à cette merveilleuse invention, ce soir l’article sera plus léger que la poésie de comptoir qui précède. Il s’agit de l’histoire du parking souterrain d’en bas.
Chacun sait à quel point le détenteur d’une place de parking peut se montrer territorial. On tue pour planter dans la case convoitée les fameux six troènes susévoqués. Dès notre installation dans l’immeuble, il fallut donc conquérir. Il faut dire que notre place n’est pas n’importe laquelle, c’est la plus facile d’accès d’un espace où les piliers excessivement serrés condamnent l’essentiel des utilisateurs à un Garmisch-Partenkirschen biquotidien. Un grand nombre de stries à hauteur de pare-chocs en témoigne.
Aussi n’étions-nous pas installés depuis une semaine, qu’un écornifleur prit l’habitude de bondir sur notre bien en notre absence, puis de tenter de nous en déloger d’un mot furieux : « Vous n’avez rien à faire ici. Pour votre place, contactez le Syndic ».
Un brin chafouiné et vacillant dans mes certitudes, je me rendis au temple de l’ordre interrésidentiel susmentionné, lequel me confirma pleinement dans mes droits, titres & usages, & doncques fulminai contre le prévaricateur une bulle, recoiffant les i de leur point, & le sommant d’avoir à rentrer son char en son hostel, estables & escuries, faute de quoi, etc. « Dieu et mon droit ! » Le gueux ne surenchérit point, et nous n’en vînmes point à l’ordalie, qui m’eût immanquablement vu pourfendre le vilain comme geline estoit en broche.
Est-ce fini ? Non point. Défini notre pré carré, nous en usons en maîtres, et je manoeuvre avec virtuosité notre puissant véhicule (Clio 1,6 L, 5 portes ; genre 70 CV pour tracter une tonne de tôle et de plastique, 50 km/h dans les côtes à 2,5 %). Sauf que... sauf que cela suppose que la place d’à côté soit libre. Sinon, il faut se taper une rentrée en marche arrière, qui dans le contexte est, malgré l’assistante de direction, aussi facile, pour peu que votre voisin soit mal garé, que de parquer un char Leclerc à Carrefour un samedi matin en faisant patiner les chenilles, un coup à droite un coup à gauche, cliqueti cliqueta.
Or, la place est officiellement libre, ce qui signifie qu’elle est irrégulièrement occupée.
Un couple de septuagénaires, lui bedaine importante au volant d’une interminable berline grise, elle allure de Bernadette Chirac un soir de propagande aux pièces jaunes, s’en empare avec une sporadicité mal définie. Il se gare mal. Il ne voit rien. Il m’a contraint à érafler mon rétro, le jour où, lui rentrant moi sortant, il décida autoritairement de prendre place avant que je fusse sorti de la mienne. Cela nous eût tous deux facilité la tâche. Mais si j’attendais, c’est mon aile qui prenait : trompé par le vert sombre camouflé de ma charrette, invisible à ses yeux dans la pénombre du parking, il avançait avec l’autorité aveugle de l’éléphant somnambule. Broum-broum.
Un autre soir, nous trouvâmes la place remplie d’outils éparpillés, car deux jeunes gens cherchaient manifestement à dépanner la voiture d’une demoiselle ; et la réparation devait s’avérer plus compliquée que prévu. Vu leur entrain, il y a gros à parier qu’une demi-heure plus tard, la pauvre fille avait sous les yeux son véhicule entièrement réduit à l’état de puzzle de sept mille cinq cents pièces. L’engrenage de la mécanique. On sait comment ça commence, à tous les coups c’est l’delco, les vis platinées c’est un coup des vis platinées, passe-moi la clé de 12, et quand on s’aperçoit que sur les bagnoles modernes toutes ces choses-là ont disparu et qu’aucune prise ne s’offre à la clé de 12, on est ben dans l’beset. C’est là qu’il faut savoir ne pas s’entêter et composer un numéro de téléphone d’assistance après avoir fait le tour des publivores pour se le rappeler. Zéro huit cent machin truc bazar, Untel assistance bonjouuurrr ? Je vais vous dire : j’avais même la trouille qu’il ne leur vienne idée de vampiriser ma propre voiture pour réparer la leur. Voilà à quel climat d’obsession sécuritaire paranoïaque nous mène la propagande de l’Etat policier répressif : j’avais envie de leur taper dessus et c’est mal.
Mais passons... Depuis, chaque jour amène son lot de surprises. Matin, midi, soir, la place voisine de la nôtre peut s’orner d’un véhicule aléatoire, dans une logique qui définitivement m’échappe. Un jour la berline des vieux ; le lendemain un monospace immatriculé dans le Haut-Rhin ; une camionnette Iveco ; un 4x4. C’est un ballet. Et tous les jours ça grossit. A chaque retour, donc, le jeu consiste à deviner quel mastodonte gît désormais sur la place trois cent trois. Un trente-cinq tonnes slovène ? Un étalage ambulant de crémier du marché de Meaux ? Un Panzer VIb Königstiger ? Une remorque chargée de boeufs charolais ? Un planeur ? Le Charles de Gaulle ? Un raton laveur ?
Après tout, je m’en fous. Tant qu’on m’pique pas ma place !
17:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : meaux, parking, caricature, cité, banlieue


