07.02.2008
Saintes horreurs
Disons-le tout net : la ville que nous avons présentement l’heur d’habiter n’est pas la plus fournie en églises historiques. La plus proche de nous est un gigantesque édifice néogothique de la taille d’un porte-avions, et qui d’ailleurs joue ce rôle chaque soir pour plusieurs dizaines ou centaines de choucas. Elle balise l’horizon de deux flèches à l’esthétique incertaine. Quant à l’intérieur, il concentre à peu près toutes les pièces de la piété populaire fin dix-neuvième, des fausses draperies gravées dans le marbre à l’énorme crucifix suspendu, oui messieurs-dames, suspendu sous la croisée du transept, où le Christ arbore un visage aussi expressif que le personnage d’une « neige » ramenée de Lourdes et déposée sur la télé. Aussi affublè-je cet édifice du surnom de Sainte Horreur.
Pieux que je suis, j’y ai assisté hier à une messe. Les taquins pouvaient d’entrée y noter que le mercredi des cendres ouvrait la montée vers Pâques.
Pardon. Il est grand, le mystère de la Foi.
A cette heure peu compatible avec le travail salarié à temps plein, l’assemblée sentait un peu la maison de retraite, mais c’était à redouter. Çà et là, quelques égarés abaissaient d’un centième la moyenne d’âge, à l’instar de cette héroïque mère de famille gérant avec difficulté le défi posé par la présence de ses six mouflets, en diagonale de neuf ans à trois mois, avides d’exploiter au mieux les vastes espaces de la nef latérale. Tagadap tagadap.
A l’heure du chant d’entrée, ce fut le drame. Le micro de la demoiselle Aulongbec chargée de l’animation ne fonctionnait pas, ou peu, et c’est par bribes incertaines que nous parvenait une voix à la justesse de même. Puis vint l’orgue. Energique, il couvrit soudain le chant d’une mélodie puissante, mais totalement dépourvue de rapport avec lui. N’imite pas Bach qui veut.
Pour nos pauvres oreilles, ce fut la première station du chemin de croix. La passion selon singeant, en somme. Pardon seigneur. Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères que je m’étais juré de la caser. Il y a préméditation, en plus.
Tout ne fut certes pas à jeter. Quoique les lectures fussent peu audibles, l’évêque nous offrit comme viatique une homélie d’une grande sagesse, en ce jour d’entrée en carême. Je n’étais certes pas là comme caricaturiste. Enfin pas seulement. L’occasion a seulement fait le larron. Et j’ai toujours lu qu’une église était, pour un larron, terre d’asile et de protection.
Ma chère et tendre commenta que l’évêque avait une voix portant mieux que le père Métral – l’un de ses auxiliaires. Il me fallut bien ajouter qu’il voyait, sans doute, aussi plus loin que le père Métrope.
L’imposition des cendres vint nous rappeler que nous étions poussière. C’est toujours la seule explication rationnelle que j’aie jamais vue à la réapparition spontanée de cette dernière sur les meubles et le clavier d’ordinateur. Nous y retournons petit à petit. On s’use, avec le temps. Dans mon cas, je ne sais de quel côté se fait l’usure, mais je souhaiterais qu’elle s’oriente un peu vers mon tour de taille.
On me murmure dans l’oreillette que le carême est un temps propice à allier le saint au sain, et à rogner sur le bedon pour implorer pardon. Que le Seigneur soit la force de mon bras, au moment de refermer le sachet de papillotes. Des papillotes en Carême. On en a excommunié pour moins que ça.
Je pourrais parler des derniers chants de cette inégale célébration, mais cela relèverait du friendly fire sur l’hélicoptère de la Croix Rouge.
Visez bien le centre de la Croix, c’est un peu ce qu’on nous serine à l’église, notez bien. Mais pas dit comme ça.
Vous pensez qu’avec tout ça, je n’entame pas la sainte période du Carême dans les meilleures dispositions ? Allons, allons. Le rire est le propre de l’homme. Sans aucun doute, le Fils de l’homme a donc ri. Il connaissait un tas de petits tours propres à sidérer l’assistance. Où est le plaisir de gambader au beau milieu du lac de Tibériade, si on ne peut plus pouffer devant la mine ahurie de ses disciples et leur lancer que pour des pêcheurs, ils ont des yeux de merlan frit ?
Les évangélistes étaient des gens sérieux. Si le Christ a fait des calembours, ils ne les ont pas retenus, les tristes sires. Même dans les apocryphes : pas trace. Peut-être un jour, un manuscrit de la Mer morte fera-t-il tomber ce tabou.
Faisons-en donc pour lui. Et surtout, partageons.
11:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : église, carême, caricature, messe, orgue


