13.09.2007
Zut, il pleut. Albert, remets-nous ça !
Sous ce titre façon Le Chat, ne se trouvera qu’un texte sans suite logique, ni thème précis. J’en ai envie, c’est comme ça. Il faudra faire avec. De propos de comptoir.
De quoi qu’on cause au comptoir ? De la pluie et du beau temps, et depuis deux mois, on parle de la première au présent, du second au passé. « C’t’année, l’été, c’était au mois d’avril ! » Ensuite, il est juste d’opiner gravement du chef, d’un air de pitié entendue : « ça, ceux qu’ont pris les ponts du mois d’mai... Et ceux qui sont partis en vacances au 1er juillet, tiens ! » Autrefois, on s’inquiétait des foins, des moissons, ou des vignes. Ça va-t’i nous faire du bon beaujolais c’temps là ? Nous sommes les descendants d’un peuple massivement paysan. Il y a quatre-vingt-dix ans, ceux qui s’élançaient à l’assaut du Chemin des Dames étaient encore quatre-vingt pour cent de paysans. D’ailleurs, cette année-là, le mois d’avril fut dégueulasse. On attaqua sous la neige. A l’inverse, en mai et juin quarante, il fit un temps magnifique, qui permit à la supériorité de la Luftwaffe de donner sa pleine mesure. Le temps, l’est toujours pour les boches. La Commission européenne devrait faire quelque chose. Avec les impôts qu’on paie ! On cause donc de la pluie, au comptoir, et on s’en lamente, non plus pour les foins, mais pour les vacances. Le beaujolais, d'toute façon, il est trafiqué hein ? Mais r'mets m'en un quand même !
Ensuite, il faut chercher des explications. Les satellites des Russes et les fusées qui vont sur Mars et font des trous dans l’atmosphère ont eu leurs années de pinacle. Tout ça c’était à cause du Spoutnik. Un coup des Russkoffs quoi. Il y a eu aussi les Ovni. C’était un temps béni, où tout poivrot qui se paumait en rentrant du bistrot pouvait, le surlendemain, avoir son heure de gloire en rapportant son enlèvement par un Ovni. La presse locale rapportait l'épisode, sur le ton grave d'un Churchill promettant du sang et des larmes : ils sont à nos portes. J’ai conservé quelque part une coupure de ce genre. Un individu sorti fort tard d’une noce quelconque, retrouvé à au moins mille cinq cent mètres de là, répétait qu’il avait été enlevé par « des petits bonshommes laids et gros, avec des oreilles pointues. » D’ailleurs, des témoins affirmaient avoir vu, le même soir, « une vive lueur ». Ça n’est pas une preuve, ça ? Maintenant, plus de Rouges, plus d’Ovni, mais on a beaucoup plus fort : le réchauffement climatique. Là, c’est sûr, y’a plus d’saisons, i z’en ont ben parlé c’est l’réchauffement le séhodeû. C’est la faute aux Américains qu’ont pas signé Kyoto, cette fois. Alors bien sûr, il y a des personnalités éminentes pour écrire, la clim à fond pendant que, pour la troisième année consécutive, on pulvérise les records de chaleur, « non monsieur Hulot, le climat ne se réchauffe pas ». Le fait est qu’il n’y a plus de saisons, et d’ailleurs ouvrez la fenêtre : quelle douceur pour un mois de novembre, pas vrai ?
Ce sont donc Kyoto, les usines, les bagnoles et les Américains qui détrancanent le climat. D’ailleurs, un monsieur dont on voit la photo partout et avec qui tout devient possible, a dit qu’il allait s’en occuper sérieusement. Car il est à l’écoute, monsieur le président. Il parle concret. Il parle tout à fait comme au comptoir, d’ailleurs. La suite me paraît plus incertaine. Mais en ces temps d’euphorie pour l’homme providentiel, la seule mise en doute de ses capacités à tout changer en profondeur vous vaut, au mieux, d’être qualifié de « fanatique lobotomisé de la gauche de l’immobilisme ». Passons donc. Monsieur le président fera la pluie et le beau temps.
Au comptoir, on parle donc politique. Mais en ces temps d’unanimité, c’est un peu moins drôle. De toute façon, on parle moins au comptoir, puisqu’il y a moins de comptoirs. En fait, on ne parle plus guère. On communique. C’est beaucoup plus tendance et j’en ai déjà parlé. On communique, on reste connecté, on emmène ses amis avec soi, non pas dans la 4L chargée de tentes et de duvets, lancée dans une problématique ascension du Lautaret, mais dans son téléphone portable qui fait wifi, email et tout et tout. Le camping entre potes et les soirées autour du feu, c’est total out of date, c’est trop la tehon. Envoyer en MMS à tous lesdits potes la photo de soi-même faisant du raft, avec son iphone, ça, ça déchire sa race.
On marche seul dans la rue, mais le portable à l’oreille. Y’a plus personne au comptoir.
Comment ça, mes écrits ne débordent pas d’optimisme ? Que voulez-vous : ça doit être à cause de la pluie. Allez, il est plus de dix heures, c’est pas l’heure pour un petit godet ? Roger, un muscadet.
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